Ce jeudi 29 septembre, le colloque du Club Idées nation a réuni tous les ingrédients nécessaires à la réussite d’une réunion publique : un sujet en phase avec les interrogations des français, un plateau d’intervenants de qualité, la présence d’une personnalité charismatique.
Sur le thème « Comment redresser l’école de la République ? », universitaires, acteurs de terrain et politiques ont présenté leurs constats et inquiétudes face à la lente déliquescence du système scolaire, mais aussi et surtout leurs propositions. Le discours de vérité tenu par Marine Le Pen en clôture des débats a eu le mérite d’être à la fois volontariste et pragmatique, prometteur et réaliste : il a quoi qu’il en soit incarné la main tendue par la présidente du FN aux enseignants de France.
Dans son introduction aux débats, le fondateur d’
Idées nation, Louis Aliot, a rappelé une évidence simple :
« Nous n’avons rien contre les enseignants », qui font souvent tout leur possible, mais bien contre la succession de programmes scolaires abracadabrants ! En réduisant à la portion congrue l’enseignement de la culture dite classique, supposée favoriser les classes dominantes, les dirigeants ont en fait abouti à l’effet exactement inverse : l’école n’a jamais été plus inégalitaire qu’aujourd’hui.
Comme Louis Aliot vice-présidente du Front national, en charge du domaine social au sein du mouvement, Marie-Christine Arnautu ne pouvait évidemment manquer à l’appel, et c’est en maîtresse de cérémonie qu’elle a animé les deux tables rondes.
Première à intervenir, Patricia Cote est professeur d’économie dans un lycée technologique des Yvelines. Elle connaît donc le quotidien de milliers d’enseignants affectés dans des établissements « normaux » : la présence d’alcool et de cannabis, les incivilités, la violence font partie du paysage… Plus surprenant, on apprend que certains élèves sont autorisés à faire leur rentrée de septembre 3 semaines après les autres au motif que… Les billets d’avion pour le retour des vacances « au pays » sont moins chers à cette période ! Comme l’a indiqué elle-même Patricia Cote, il n’est pas certain qu’un jeune breton bénéficierait de la même clémence, fut-ce pour un séjour sur la terre de ses ancêtres.
Plus positivement, cette intervention a été l’occasion de rappeler que
« l’école n’est pas là pour former des serviteurs », prêts à consommer et à voter comme-il-faut : sa vocation consiste avant tout à offrir aux enfants « la liberté par le savoir, et le savoir par la liberté ».
Professeur agrégé d’économie et gestion, Christian Lechevalier s’est attaché à dénoncer la
« haine obsessionnelle de l’UMP envers les enseignants », cependant que la gauche règne en maîtresse absolue sur les programmes. Mettant à mal les idées reçues, il a surpris l’assistance en dressant le portrait-type de l’enseignant de 2011 : non pas le barbu crasseux croqué par Cabu depuis les années 1970, mais une femme, jeune, et bien souvent apeurée ; par son administration, les parents, et ses élèves.
Ces nouveaux professeurs doivent de plus composer avec les dérives administratives. « Tableau blanc interactif », « Cahier de textes électronique » et autres offrandes à une pseudo modernité chronophage représentent autant d’heures qui ne seront pas dédiées à leur mission première. Pis ! En étudiant de près les manuels scolaires d’aujourd’hui, on s’aperçoit que pas un domaine n’échappe à la promotion obligatoire de l’Union européenne et de ses bienfaits : la décérébration est en marche !
D’un point de vue technique, Christian Lechavalier prône quelques évolutions de bon sens : exiger des professeurs qu’ils maîtrisent correctement la langue française, quelle que soit leur discipline ; ne pas « larguer » les jeunes professeurs devant leurs premières classes, au risque de les dégoûter de leur métier. Plutôt qu’un retour aux inefficaces IUFM, c’est davantage de formation et de tutorat dont il est besoin.
Appelé à intervenir sur la transmission de l’Histoire de France à l’école, l’écrivain et homme politique souverainiste Paul-Marie Couteaûx a repris avec verve des fondamentaux trop souvent oubliés par les gouvernements successifs de ces 40 dernières années. Selon lui, c’est notamment « l’oubli du soi collectif » qui est à l’origine des difficultés, voire des « drames » d’aujourd’hui : l’individualisme forcené, facteur de surconsommation, prend ainsi la place de tout dessein partagé.
Lié à ce phénomène,
le débat sur l’identité de la France et des français doit être réglé, « sans quoi nous ne nous en sortirons pas » : la transmission à l’école de la « conscience d’un passé, d’un héritage » constitue une nécessité et une urgence. Face à cette volonté, les multinationales mettent tout en œuvre pour couper les jeunes gens de leurs racines : en les renvoyant sans cesse à eux-mêmes en tant qu’individus, en flattant leur narcissisme, et en fabriquant ainsi des myriades de consommateurs… Ce que PMC appelle à juste titre « l’absorption de l’école par le système marchand ».
Dès lors, comment ramener les jeunes français à leur destin collectif ? Par une volonté politique, tout d’abord : celle de privilégier l’enseignement diachronique [chronologique] de l’Histoire de France, sans l’amputer ni la mêler systématiquement à l’histoire de chaque recoin du monde, de l’Europe ou de l’immigration ; celle de rehausser le niveau général des professeurs, en intégrant une part d’histoire dans toutes les disciplines (l’histoire de la médecine aiderait ainsi à appréhender bien des façons de soigner les gens autrement qu’avec des molécules chimiques… Lesquelles assurent la fortune des industriels de la pharmacie) ; celle, enfin, de réhabiliter le travail de la mémoire – y compris avec le par-cœur –, condition indispensable à la compréhension des réalités d’aujourd’hui.
A l’opposé des chantres du « présentisme » (voir les odieuses installations d’art moderne au cœur du Château de Versailles, par exemple), Paul-Marie Couteaûx invite à considérer que
« l’Histoire n’est pas réductible au passé, mais s’adresse à l’avenir » et, comme un clin d’œil à destination des professeurs et politiques, il affirme que « La conscience de l’histoire est le fondement de l’autorité ». Indissociable de cette dernière, la démocratie « n’est pas seulement le choix de gouvernants, mais aussi l’accompagnement, par le peuple, de l’action des gouvernants ».
Conseillère régionale FN en région PACA et directrice d’école depuis près de 20 ans, Valérie Laupies a pu faire part de
son expérience, la seule qui compte, celle du terrain : évidemment à 20.000 lieues des théories fumeuses des sociologues et pédo-psychologues en vogue. On ne dira jamais assez le mal que les théoriciens font aux acteurs du quotidien…
Bertrand Dutheil de la Rochere, tout frais transfuge du MDC de Jean-Pierre Chevènement, parti dont il fut l’un des membres fondateurs, a quant à lui débuté son intervention par une définition simple de la notion de citoyenneté : « Etre capable de penser par soi-même ». En toute logique, le rôle de l’école de la République devrait donc consister à former de futurs citoyens, mission dont elle ne s’acquitte pourtant plus guère aujourd’hui…
En comparant la Nation à un immeuble en copropriété (chez lui, chacun parle la langue qu’il veut, prie le Dieu qu’il veut mais ; dans les parties communes, c’est le règlement intérieur, la loi républicaine qui prévaut), l’orateur a su se faire comprendre de tous. Ses propositions ? A l’école,
les enfants défavorisés ou les enfants d’immigrés devraient être encore plus formés que les autres au bon français… Et non au verlan ! La loi Jospin plaçant l’enfant au centre de l’école doit être supprimée, elle qui provoque la mise cul-par-dessus-tête des valeurs fondamentales de la société, au premier rang desquelles l’autorité. Côté financier, conditionner le versement des allocations familiales à l’assiduité des enfants contribuerait à responsabiliser les parents ; de même avec la ½ part décomptée dans le calcul des impôts : réinvesti dans des structures adéquates, l’argent récolté permettrait d’œuvrer à la rescolarisation effective des enfants concernés.
Quoi de plus parlant que des exemples concrets ? Tel a été le choix de Francois Simeoni, depuis 25 ans professeur de physique. Dans une main, le sujet de concours de l’agrégation à laquelle il fut reçu : 7 questions, sur une ½ page. Dans l’autre, le sujet du même concours en 2010 : plus de 60 questions, sur 10 pages ! Relèvement du niveau d’exigence ? Nenni ! Là où il fallait « autrefois » mener un raisonnement de son début à son terme, on multiplie aujourd’hui les interrogations basiques, par exemple en demandant simplement de vérifier une formule…
Les chiffres officiels du ministère de l’Education nationale prêtent également à sourire : il y a 30 ans, le nombre de mentions très bien obtenues au baccalauréat était de 500 pour l’ensemble du territoire. Aux épreuves 2010, le chiffre se montait à… 20.000 ! Bien évidemment, et malheureusement, cette progression n’est pas due à une élévation du niveau général, mais plutôt à un nivellement par le bas, sciemment entretenu par les politiques gouvernementales successives. Résolument optimiste, François Simeoni a,
in fine, livré le fonds de sa pensée :
« Face aux divisions de l’Education nationale, il reste un espoir. Et elle est assise au premier rang [Marine Le Pen] ».
Professeur de droit et universitaire reconnu, il revenait à Gilles Lebreton la lourde tâche de clore les tables rondes, avant le discours très attendu de la présidente du FN. Ce fut fait à travers un rappel de l’échec – pour des raisons idéologiques le plus souvent – des trois grandes tentatives de réforme de l’Education nationale : 1989, 2005 et 2009. En chacune de ces occasions,
les objectifs quantitatifs l’ont emporté sur les visées qualitatives… Avec le résultat que l’on constate aujourd’hui, et qu’ont développé les précédents intervenants du colloque.
Enfin, au discours de Marine Le Pen qui conclût les débats*, une phrase pourrait servir de titre, ou de leitmotiv :
« L’école ne pourra se redresser que si le pays lui-même se redresse ». Que la présidente du Front national soit entendue !
* http://www.nationspresse.info/?p=145548